Citations

«Il faut toujours faire confiance aux scénaristes qui lisent.» Alessandro Baricco. Une certaine vision du monde.

lundi 8 mars 2021

Mon frère et quelques îles

À l'été 2019, à l'aide de mon téléphone, je faisais jouer en boucle la chanson I am a rock (I am an Island) de Simon and Garfunkel à mon frère. Couché et dormant dans son minuscule lit des soins palliatifs, mon frère était une île qui se préparait pour l'engloutissement final. Cette île allait bientôt disparaître ; c'était inéluctable.

Entre l'arrivée de mon frère en ce bas monde et ma propre venue, ma mère a donné naissance à deux filles avant de connaître la douleur répétée de perdre six bébés en fausses couches. 

En novembre 1963, pendant que l'on assassinait Kennedy, ma mère se trouvait à l'hôpital pour son avant-dernière grossesse. En même temps, au large de l'Islande naissait une île. Résultat d'une éruption volcanique sous-marine, l'île de Surtsey s'est formée entre le 10 novembre 1963 et le 5 juin 1967. C'est long, accoucher d'une île.

Bien que cette île ait émergée à l'intérieur des eaux islandaises, ce sont des Français qui ont posé le pied en premier sur le sol de Surtsey. Le 6 décembre 1963, trois journalistes de Paris-Match, après quelques difficultés, ont réussi à y accoster et à y planter un drapeau à l'effigie du journal. Cette appropriation par un journal étranger n'a pas plu aux Islandais qui ont réussi, par la suite, à faire reconnaître leur souveraineté sur ce caillou de 1,4 km carré.

Cette anecdote m'a toujours ramené vers l'album L'Étoile mystérieuse de Hergé. Dans cette aventure, Tintin réussit à prendre possession d'une nouvelle île formée par une météorite tombée dans l'océan Arctique. En chemin vers l'île, Tintin et son équipe de scientifiques effectuent un ravitaillement de leur navire dans le port de Reykjavik en Islande. L'étoile mystérieuse a été publiée en 1942.

Cet album du reporter belge est le premier Tintin que j'ai emprunté à mon frère aîné quand j'étais gamin, Cette île mystérieuse ne me quittera jamais. L'île de mon frère non plus, même si elle repose aujourd'hui au fond des eaux. 

You were a rock, You were an Island.


vendredi 22 janvier 2021

13 + 1 raisons pour étudier en bande dessinée à l'ÉMI/UQO

1. Le programme existe depuis 1999.

2. Différentes possibilités de format : baccalauréat, baccalauréat avec majeure et mineure, certificat, maîtrise-création et doctorat.

3. Une équipe professorale professionnelle : Mario Beaulac, Paul Roux, Marc Tessier, Zviane, Michel Hellman, Myriam Roy et Michel Viau.

4. Nos diplômés ont publié chez tous les éditeurs québécois ou presque : La Pastèque, Pow Pow, Glénat, Mécanique générale, Front Froid, Moëlle graphique, Premières lignes, Lounak, Trip, Perro, Presses aventures, Michel Quentin. Et en Europe : Futuropolis, Delcourt, Casterman (Jungle), Dupuis (Spirou) et Soleil (Lnafeust Mag). 

5. Nos diplômés travaillent ou ont travaillé dans l'animation et le jeu vidéo : Ubisoft, Sarbakan, Frima, Warner Bros, Bluberi gaming, Spearhead games, Volta, Red Barrels, Wendigo studio, Genia, Beenox et Trapdoor.

6. Nos diplômés ont remporté de nombreux prix et ont souvent été mis en nomination : Shuster Awards Dragon, Shuster awards web comics, Prix Yvette-Lapointe, Prix BD des collégiens, Prix des libraires, Prix Marc-Olivier-Lavertu, Prix Réal-Fillion, Prix Jacques-Hurtubise, Bédélys Québec, Bédélys indépendant, Prix Mélèze, CALQ oeuvre de l'année en Outaouais, Prix ACBD Québec, Prix Aurore-Boréal, etc.

7. Un programme qui est bien ancré dans le milieu : l'ÉMI a reçu le Prix Albert-Chartier de Québec BD en 2010 et moi-même, j'ai reçu le Prix d'excellence des professeurs pour l'implication dans le milieu de l'UQO en 2019.

8. Nous avons des ententes pour des échanges avec St-Luc-Bruxelles et l'École de communication visuelle de Bordeaux. Nous travaillons en ce moment sur un projet avec l'Université Bordeaux-Montaigne pour le deuxième cycle,

9. Possibilité de travailler sur une publication annuelle, Le Phylactère.  28 collectifs ont été publiés depuis les débuts du programme (Le Scribe, Plan B, Le Bunker et Phylactère).

10. Une bibliothèque qui regorge de bandes dessinée et qui abrite la Bédéthèque québécoise.

11. Possibilité de s'impliquer dans le Prix Marc-Olivier-Lavertu (depuis 2006) et le Rendez-vous de la bande dessinée de Gatineau (depuis 2000).

12. Possibilité d'organiser des voyages d'étude : New York (2002), Japon (2009 et 2013), Bruxelles (2016).

13. De nombreux conférenciers sont passés chez nous : Emil Ferris, Thierry Groensteen, Régis Loisel, Edmond Baudoin, Jean-Paul Eid, Julie Maroh, Jacques Samson, Jean-Louis Tripp, Julie Rocheleau, Gilles Chaillet, DeGieter, Jimmy Beaulieu, Michel Rabagliati, Chantal Montellier, Delaf et Dubuc, Derib, François Miville-Deschènes, Michel Giguère, Cathon, Axelle Lenoir, Bado, Philippe Girard, etc.

14. Et finalement, parce que nous avons décerné un doctorat honoris causa à Albert Chartier en 1999 ;-)


POUR INFORMATION ET INSCRIPTION : https://uqo.ca/emi/bande-dessinee

DATE LIMITE : PREMIER MARS


Et voici quelques publications récentes de diplôméEs pour terminer de vous convaincre : 









jeudi 31 décembre 2020

2020, l’année de ma bande dessinée !

 Difficile de trouver du positif pour cette année 2020, mais il y en a.

Au niveau personnel, je n'ai pas eu trop à me plaindre. On a traversé l'année en famille et en santé. Personne n'est décédé dans notre entourage et nous n'avons pas vraiment essuyé de pertes financières.

Mon plus grand regret ? Que ce sont mes enfants qui auront le plus écopé de la situation. Pas de saison pee-wee au hockey pour mon plus jeune et pas de Jeux du Canada au basketball pour mon plus vieux. Et en plus, une méchante dose d'émotions en moins pour moi qui ai l'habitude de vibrer à leurs exploits (grands et petits) depuis quelques années. 

Un retour au jeu pour mes garçons, c'est mon plus grand souhait pour 2021 !

Sinon, ma plus grosse déception de cette année, et ma plus grande crainte pour les prochaines années, c'est le déferlement des complotistes, anti-masques, anti-vaccins et autres pro-Trump qui me font perdre foi en l'humanité. Je remets les choses en perspectives et me dit que, finalement, la conseillère municipale de Gatineau qui croit que la Terre est plate, était un moindre mal. Au moins, elle n'était pas aussi dangereuse que ces gens qui, cette année, demandent la peine de mort, par tribunaux citoyens ou clandestins, pour ceux qui ont géré, avec leur lots d'erreurs. évidemment, cette pandémie. Je m'ennuie un peu d'elle. Sinon, reste à espérer que la pandémie servant de carburant à ces illuminés, leurs feux s'éteindront d'eux-même quand le fuel arrivera à manquer. Mais j'en doute. Ils ont tellement d'imagination qu'ils vont sûrement trouver d'autres occasions pour s'indigner et manifester leur piètre jugement.

Au niveau personnel, cette année aura été l'occasion pour moi de réaliser un très grand rêve : l'écriture, la réalisation et la diffusion de ma propre bande dessinée, Estaben et son papa. J'ai profité d'un exercice demandé par les Scouts pour écrire deux gags avec mon plus jeune. Comme il ne voulait pas dessiner ces deux planches et que j'ai l'habitude d'attendre des années après mes dessinateurs (Bonne année André et Jérôme), je me suis dit qu'il était temps pour moi de me lancer.

Un gag par jour. 150 gags. J'ai eu plus de souffle que j'imaginais au départ. Ce n'est pas tant la qualité ou l'amélioration du dessin qui m'importe dans ce projet (il est lisible, ça me suffit) que d'avoir pu développer des personnages et un univers sur une si grande période. Cela m'a permis d'affiner mes capacités de scénariste et de jouer avec les codes de la bande dessinée comme je l'ai toujours rêvé. Et un peu (beaucoup) d'auto-dérision, c'est bon pour le moral en cette année particulière. C'est surtout une façon d'écrire complètement différente de ce que j'ai déjà fait avec Pour en finir avec novembre (réédité en 2020) et Rouge avril (à paraître en 2021?).

Bref, je me suis amusé et pris soin de ma santé mentale avec ce projet. Et même si cela était avant tout thérapeutique, je suis très heureux d'avoir pu rassembler autour de mes personnages une communauté de lecteurs et lectrices qui m'ont alimenté toute l'année avec leurs commentaires.

Sinon, j'ai aussi profité de cette année pour terminer l'écriture d'un roman, Ce n'est pas la première fois que je meurs. Je suis, en ce moment, dans l'étape de la réécriture et j'espère avoir un manuscrit solide d'ici la fin de la session hivernale. Après le décès de mon frère, en août 2019, j'avais écrit un texte de 600 mots pour lire au salon funéraire. Par la suite, ce texte a continué de m'habiter parce que je sentais que je n'avais pas tout dit. J'en ai donc fait un texte romancé de plus de 30 000 mots. Ça parle de mon frère, de mon père, de la mort, de musique, de nos ancêtres, de Tintin, de Playboy, d'Arsène Lupin, de Michel Sardou, de Woodstock, de LSD et de mottons dans les patates pilées. Bref, un texte qui ne ressemble à rien.

Et en mai je terminerai ma vingt-deuxième année à l'UQO. Il m'en manquera encore quatre avant que je puisse dire que j'aurai joué aussi longtemps à l'université que Chris Chelios dans la Ligue Nationale.

Alors, au revoir 2020 ! Et au revoir surtout à ces artistes (du neuvième) qui ont marqué ma jeunesse ou que j'ai découvert récemment et qui ne verront pas la fin de cet épisode pandémique : Uderzo, Quino, Berck, Bretécher, Varenne, Vicomte, Corben Madaule, Hubert, Malik, Chéret, Taffin, Mort Drucker, Gimenez, Dennis O'Neil, Adamov, Erwin Drèze et Autheman. 

Bref, bonne année 2021 à tout le monde (ou presque) !






jeudi 26 novembre 2020

Non, l'Université n'est pas une business

Réponses données à mes étudiants déçus de payer le même montant en frais de scolarité pour une session en virtuel. Originalement publiés sur Facebook. 


Je comprends la perception. Mais. Les universités doivent payer leurs employés et leurs professeurs de la même façon qu'avant. Elles doivent parfois donner plus d'argent aux chargés de cours pour la transformation de leurs cours en ligne ou pour du temps de correction supplémentaire. Elles ont dû développer des formations et du soutien pour les enseignants. Elles ont dû investir dans des logiciels et des solutions informatiques. On a offert plus d'une centaine de licences Adobe pour nos étudiants à l'ÉMI. Ça coûte cher. Elles ont dû s'assurer que leurs employés possèdent tout le matériel nécessaire pour offrir leurs services (surtout aux étudiants) de la maison. J'ai donné plus d'heures aux auxiliaires pour le soutien aux étudiants. Et il y a énormément de coûts associés à la désinfection et aux équipements de protection. L'UQO ne va pas sortir plus riche de la pandémie. Au contraire. Je me suis toujours battu pour que l'université ne soit pas une business, mais un lieu de partage et de création du savoir. Et je vais continuer. Mais la pandémie nous oblige à transformer nos façons de faire pour le moment. Et je peux t'assurer que les étudiants sont au coeur de nos préoccupations et qu'ils le demeureront.


Ça me fait plaisir. Je comprends très bien la frustration que les étudiants peuvent ressentir. Mais ce qui se passe en ce moment, est justement le contraire d'une université qui se comporterait comme une entreprise. Une université, ce n'est pas du béton. C'est une communauté d'étudiants et de professeurs. Ce sont des rencontres, des transmissions d'informations et des débats. Ce qu'offre l'université en ce moment, c'est la même chose, mais différemment. En virtuel. Avec des coûts autres que d'habitude. Mais les rencontres entre étudiants et professeurs, les discussions, les recherches, tout cela existe toujours. Paradoxalement, c'est si l'université offrait un rabais pour la session en non-présentiel qu'elle se comporterait comme une entreprise, qu'elle répondrait aux demandes d'une clientèle. Tout est une question de perception. De mon côté, je sais que j'ai livré la même matière que d'habitude, mais je crois, d'une façon plus intéressante.

Tif et Tondu. Quand Tif s'envoyait en l'air

Dans le cadre de mon cours sur la bande dessinée : perspectives socio-historiques, nous abordons les cas de censure et de législation concernant la bande dessinée, notamment la Loi du 16 juillet 1949 en France et la création du Comic Code Authority en 1953 aux États-Unis.

Nous regardons aussi certains exemples de bandes dessinées américaines retouchées par des artistes français pour répondre aux critères des censeurs. 

Nous évoquons aussi quelques cas célèbres d'albums publiés en Belgique qui n'ont pu se vendre en France comme le Billy the kid de Lucky Luke (Billy, bébé, suçant un revolver) et Boule et Bill (cruauté envers les animaux parce qu'on donne du savon à manger au chien).

Tout cela se passe dans les années 1950 et 1960.

Mais il m'est revenu une anecdote de mon adolescence dernièrement et je ne retrouve rien sur le sujet. Je la partage ici.

En 1983 (j'ai 13 ans), je suis abonné à Spirou. J'y lis la nouvelle aventure de Tif et Tondu, Swastika, de Will et Desberg. Elle est publiée du numéro 2339 (10 février) au numéro 2349 (21 avril).

Les héros poursuivent un groupe néo-nazi et un Hitler qui ne serait pas mort dans son bunker. Dans la jungle sud-américaine, ils y croisent une tribu d'Amazones. Comme il n'y a plus d'hommes, la tribu pourrait disparaître. Tif y séjournera quelques temps. Même si rien n'est dit et que rien n'est montré, la dernière case du récit est très éloquente.



À la fin de l'année, par contre, après avoir acheté l'album et avoir relu l'aventure, j'ai senti une légère différence avec la fin. Je suis donc retourné dans les pages de Spirou pour confronter mes souvenirs. J'avais bien raison. Will avait re-dessiné la dernière case.


Il était encore trop tôt pour des allusions à la sexualité des héros de bande dessinée. Mais cela a été publié dans un journal tout public alors que c'est dans l'album que la transformation a été effectuée.


Dans un prochain billet, nous regarderons le modèle économique mis en place par les éditeurs de bande dessinée franco-belges entre les années 1950 et 1990. Ils vendent d'abord une aventure dans le journal et la revendent ensuite en album. Ey comme si ce n'était pas assez, les invendus du journal sont aussi revendus en recueils. Et moi, j'achetais toutes les versions ;-)



jeudi 22 octobre 2020

Je suis d'accord avec le recteur de l'Université d'Ottawa

Enfin, sur un micropoint. Quand il dit :

«Les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression. »

Exactement, Je n'ai aucune compétence pour décider de ce qui constitue une microagression envers mes étudiants, surtout dans ma classe.

C'est pourquoi il existe un mécanisme pour traiter ce genre de plainte. Du moins à l'UQO.

L'étudiant doit d'abord discuter avec le professeur.

Si le problème persiste, l'étudiant doit communiquer avec le délégué de cours qui, à son tour, va rencontrer le professeur,

Si cela ne fonctionne toujours pas, le délégué de cours peut rencontrer la direction du département.

L'étudiant peut toujours être accompagné, à  tout moment, d'un représentant de l'Association étudiante.

La plainte peut, par la suite, aller plus haut, vers la direction de l'Université. 

Enfin, plusieurs endroits où on peut régler le problème, s'excuser, se défendre, amener son point de vue, écouter le point de vue adverse, etc.

J'ai beau relire la procédure, je ne vois nulle part l'implication des médias sociaux et le dévoilement de l'adresse personnelle du professeur et de ses informations personnelles. Les menaces de destruction de mobilier ne s'y retrouvent pas non plus.

Visiblement, les choses sont différentes à l'Université d'Ottawa.